đŸŒ Factornews

Voir sur la vekat »

Baby Assassins : and they were roommates

C’est encore moi pour encore plus de cinĂ©ma. J’ai deux amours dans les salles sombres, la science-fiction et les meufs vĂ©nĂšres qui tapent trĂšs fort sur les gens. Je suis dĂ©jĂ  venue la derniĂšre fois avec de la SF pas super facile d’accĂšs et un article qui sentait un peu la masturbation intellectuelle. Aujourd’hui, je reviens avec l’opposĂ© : on est lĂ  pour du fun et de l’action ! Cette fois, je viens vous parler de la trilogie Baby Assassins.
Baby assassins est une sĂ©rie de trois films (et une sĂ©rie TV) japonais dont le dernier opus (Baby Assassins: Nice Days) est sorti en 2024. Elle montre deux assassines professionnelles qui sont forcĂ©es de vivre ensemble puis qui deviennent trĂšs liĂ©es l’une Ă  l’autre. Ce sont des films Ă  tout petit budget, avec un grand amour pour la cascade. Suffisamment petit budget pour que les actrices soient aussi cascadeuses. Celles-ci sont pour le moins inconnues, sauf peut-ĂȘtre si vous connaissez par cƓur les crĂ©dits de John Wick 4, auquel cas Saori Izawa pourrait vous rappeler un truc.



MĂȘme si j’ai commencĂ© l’article en mentionnant ces trois ïŹlms, la suite va les traiter Ă  part, car les trois ont des qualitĂ©s qui leur sont propres. Je n'aborderai pas la sĂ©rie TV qui n’a jamais eu de sous-titres (et ma comprĂ©hension du japonais est ridiculement limitĂ©e).

Le premier Baby Assassins est probablement le plus spĂ©cial des trois. D'abord parce qu'il y a erreur sur la marchandise : les scĂšnes de combat sont trĂšs rares, suffisamment pour que la majoritĂ© se retrouvent dans la bande-annonce. C’est d’ailleurs pour ça que je vais vous demander de l’éviter autant que possible. Elles sont rares, mais jouissives. Entre le style nonchalant d'Akari Takaishi (qui joue le personnage de Chisato) et surtout la sorte de chaos contrĂŽlĂ© incarnĂ© par Saori Izawa (qui joue Mahiro), le film prĂ©sente une action que je n’ai jamais vue ailleurs. Loin des poids lourds qui tapent dur qu’on voit souvent dans les films amĂ©ricains, mais aussi relativement dĂ©tachĂ©e de l’art du mouvement des mĂ©trages chinois. Je vais particuliĂšrement appuyer le travail de Saori parce que les chorĂ©graphies ont tendance Ă  jouer de sa petite taille et de son Ă©nergie dĂ©bordante. J’en veux pour exemple la premiĂšre scĂšne de Baby Assassins oĂč elle se fait beaucoup attraper et soulever. Le film trouve une voie bien Ă  lui qui fait aussi sens avec ses personnages. Cela dit, j'Ă©voquerai les combats plus tard puisque, comme je le disais ci-dessus, l’intĂ©rĂȘt du premier mĂ©trage est ailleurs. 

Celui-ci dĂ©marre alors que nos deux protagonistes sortent fraĂźchement de l’école et que l’agence d’assassins qui les emploie leur demande de trouver un petit boulot, tout en leur imposant de vivre ensemble. LĂ  ou j’ai Ă©tĂ© surprise, c’est de voir le ïŹlm soudainement se mettre Ă  prĂ©senter des assassins si efficaces que les assassinats eux-mĂȘmes en deviennent une formalitĂ©. Du reste, les personnages sont trĂšs gauches et inadaptĂ©s en dehors de leurs activitĂ©s professionnelles. Sans trop en rĂ©vĂ©ler, le film va s’aventurer vers des thĂ©matiques qui auraient plus leur place dans des drames que des comĂ©dies d’action. Il Ă©voque notamment la honte sous diffĂ©rentes formes, ce qui vous parlera si vous avez du bagage sur les mĂ©canismes de pression sociale exercĂ©s envers certains groupes sociaux. Il aborde ensuite d'autres thĂ©matiques que je n'ai pas vu venir. Cela Ă©tant, il ne faut pas se mĂ©prendre sur la tonalitĂ© du film qui contient une dose plutĂŽt gĂ©nĂ©reuse de comĂ©die.

La suite, nommĂ©e Baby Assassins 2: Babies, fonce tĂȘte baissĂ©e dans un genre abordĂ© dans le premier Baby Assassins : la buddy comedy. Elle est aussi plus facile Ă  regarder du fait qu’elle Ă©vite les thĂšmes mentionnĂ©s plus haut. D’une certaine façon, c'est aussi l’épisode que j’aime le moins parce qu'il me donne l’impression d’ĂȘtre une suite qui joue la sĂ©curitĂ© en mettant des piĂšces dans les parties qui ont marchĂ© dans le premier opus et qui Ă©taient faciles Ă  reproduire. Le genre de petit film fun qui fera un bon vendredi soir.



Par contre, le troisiĂšme Ă©pisode, Baby Assassins: Nice Days se dĂ©tache beaucoup des deux prĂ©cĂ©dents. Il est dĂ©jĂ  beaucoup plus dense en action que les deux premiers et cela pour une raison particuliĂšre. LĂ  oĂč dans les prĂ©cĂ©dents, les protagonistes se trouvaient rarement en difficultĂ© (ce qui Ă©tait utilisĂ© de maniĂšre humoristique, mais aussi pour faire un pas de cĂŽtĂ© et parler d’autre chose), le film introduit un antagoniste montrĂ© comme supĂ©rieur.

Ce postulat, qui s’entremĂȘle avec le travail dangereux d'assassin et l’amour que les deux personnages ont l'un pour l'autre, crĂ©e trĂšs vite une pression et un sens du dĂ©nouement. Quelque chose de lugubre, soulignĂ© jusqu'Ă  certaines affiches qui changent des amies sur fond de couleurs vives et qui vient chercher tout autre chose. Les scĂšnes de combat y sont beaucoup plus prĂ©sentes et longues et apportent surtout une charge Ă©motionnelle plus prononcĂ©e. D’une certaine façon, cet opus vient miner le substrat d’or posĂ© par les prĂ©cĂ©dents films avec ces longs moments de “slice of life” sur lesquels s'est construite cette relation. Tout ici contribue Ă  parfaire une piĂšce d’orfĂšvrerie faite avec le cƓur et Ă  laquelle on s’est tant attachĂ© et cela participe en mĂȘme temps de notre peur face Ă  ce qui pourrait arriver Ă  chaque mise en danger des protagonistes.

Ce troisiĂšme film part de cette relation vĂ©cue et qu’on a admis comme indĂ©faisable dans les deux prĂ©cĂ©dents Ă©pisodes, puis il se met, par bien des façons, Ă  toucher Ă  un cƓur thĂ©matique qui traversait la sĂ©rie sans l'Ă©voquer directement. Il est trĂšs difficile d'en parler sans tomber dans la niaiserie un peu simpliste et les mots ne rendraient pas justice Ă  quelque chose d’aussi simple, mais si fort. Cela dit, ce cƓur niais dans un genre qui s'est construit sur ces lĂ©gendes de loup solitaires Hard Boiled-sigma-mĂąle place la sĂ©rie entiĂšre en miroir de cette vision du guerrier. Cette imagerie dont Baby Assassins (et surtout le troisiĂšme) prend le contre-pied donnerait presque envie de faire un essai de deux heures de sur-analyse de l'oeuvre.



J’aimerais ici jouer du superlatif pour dĂ©crire ce sac d’émotions, mais je sais que ce n’est jamais trop utile pour vous lecteurs et lectrices pour vous projeter. Je vais donc seulement me contenter de dire qu’il s’est hissĂ© quelque part trĂšs haut dans mes films d’action prĂ©fĂ©rĂ©s, toutes catĂ©gories et Ă©poques confondues.
Comme cet article est Ă  mi-chemin entre la dĂ©claration d’amour et la volontĂ© de vous donner envie de dĂ©couvrir cette petite chose un peu cachĂ©e, je vais m’abstenir d’aller plus loin dans les dĂ©tails. Je vais donc clore en prĂ©cisant que d'autres thĂ©matiques surviennent en filigrane... La trilogie des films Baby Assassins est disponible sur FilmoTV. Les deux premiers sont aussi disponibles en Blu-ray Zone A (mais compatibles avec les lecteurs europĂ©ens, c’est cette version que j’ai). J'attends avec impatience que Nice Days sorte dans sa version Blu-ray occidentale. Cela Ă©tant, ces Blu-ray sont trĂšs chiches en bonus. La lĂ©gende dit qu’il existe un documentaire Documentary of Baby Assassins quelque part dans cet univers pour gratter cette dĂ©mangeaison, mais Ă  ce jour, je n’ai pas rĂ©ussi Ă  mettre la main dessus.